Les deux points clés
1) Plus de flexibilité sur les trajectoires
Les objectifs peuvent être ajustés en fonction des contraintes réelles, avec obligation de transparence sur les efforts et les obstacles, afin de rester alignés avec le Net-Zero sans déconnexion du terrain.
2) Plus de partage sur ce qui fonctionne
Les entreprises accèdent à des données et retours d’expérience sur les actions et investissements les plus efficaces pour réduire les émissions, en intégrant les réalités économiques et de performance.
Après 10 d’existence de la Science Based Targets initiative (SBTi), le contexte a drastiquement changé, plus vite que les méthodes. C’est précisément ce qui explique la nouvelle stratégie 2026–2030 de la SBTi.
L’enjeu n’est plus seulement de définir des objectifs climatiques crédibles. Il est devenu opérationnel: comment faire en sorte que ces objectifs soient:
- réellement atteignables,
- intégrés de manière optimale dans les décisions d’investissement,
- compatibles avec la réalité commerciale des entreprises.
Une décennie plus tard: un système qui s’étend, mais qui doit évoluer
En dix ans, le cadre SBTi s’est imposé comme une référence mondiale. Aujourd’hui, on parle d’environ 10’000 entreprises en possession de leurs objectifs basés sur la science et plusieurs milliers de nouvelles validations chaque année (environ 3’100 en 2025, avec une dynamique similaire attendue en 2026).
Ce succès crée un paradoxe classique: plus un standard devient massif, plus il doit s’adapter à des réalités très différentes.
PME, groupes industriels, chaînes de valeur mondiales, secteurs très émetteurs ou plus tertiaires: les contraintes ne sont pas les mêmes.
Changement majeur: du cadre normatif à l’exécution
La nouvelle stratégie marque un déplacement clair: on passe d’un modèle centré sur la définition des objectifs à un modèle centré sur leur mise en œuvre, basé sur 4 éléments principaux.
1) Des trajectoires plus adaptées à la réalité des secteurs
Les objectifs ne sont plus pensés comme un modèle unique. Ils évoluent vers des approches plus différenciées selon les secteurs d’activité, les zones géographiques et les contraintes de transformation propres à chaque industrie.
L’idée n’est pas de baisser l’ambition, mais de rendre la transition techniquement exécutable.
2) Une logique plus transparente et plus pilotée par les données
La stratégie renforce fortement le rôle du suivi:
- reporting annuel systématisé
- flexibilité et transparence sur les écarts et les difficultés
- suivi plus fin des trajectoires réelles
On sort progressivement d’une logique « validation d’un objectif » pour entrer dans une logique de pilotage continu.
3) Une reconnaissance explicite des limites de la réalité terrain
Un point clé souvent sous-estimé: toutes les trajectoires ne seront pas linéaires.
La nouvelle approche introduit une logique de type « best-effort »: si une entreprise a activé sérieusement les leviers disponibles mais n’atteint pas une trajectoire parfaite, elle doit pouvoir:
- documenter ses actions,
- expliquer ses obstacles,
- démontrer sa progression réelle et
- ajuster ses objectifs pour rester alignée avec le Net-Zero.
Cela doit permettre de réduire le décalage entre modèle théorique et contraintes du terrain.
4) Une vérification plus structurée dans le temps
Le cadre prévoit également:
- une vérification indépendante régulière (cycle de 5 ans)
- intégrant une révision des critères de performance et
- une mise à jour des objectifs en fonction des nouvelles données disponibles.
Cela évitera notamment que les objectifs deviennent obsolètes ou déconnectés des évolutions technologiques et économiques, voire géopolitique.
Le pivot stratégique: rendre la transition réellement actionnable
La nouvelle stratégie repose sur deux axes structurants.
Axe 1 – Transformer l’ambition en action
Jusqu’ici, une grande difficulté était la traduction des objectifs scientifiques en décisions opérationnelles.
La réponse proposée repose sur plusieurs leviers:
- des « menus » de solutions adaptées par secteur ;
- une meilleure compatibilité avec d’autres cadres (dont les standards ISO Net-Zero à venir et les mécanismes de crédits carbone) ;
- un renforcement du partage de données sur ce qui fonctionne réellement dans les entreprises en termes de réduction des émissions et de rentabilité.
Nous voyons émerger une logique plus proche de l’intelligence collective que du standard isolé.
Un point important: la montée en puissance de l’analyse des investissements réels. Les données agrégées doivent permettre de mieux comprendre où les capitaux engagés génèrent une transformation effective (et où ils ne produisent pas les résultats attendus).
Axe 2 – Maximiser l’impact systémique
Le second axe est moins visible mais tout aussi structurant: agir au-delà des entreprises individuelles.
- Cela passe par:
davantage de partenariats sectoriels ; - des initiatives conjointes dans les chaînes de valeur à fortes émissions ;
- une coopération renforcée avec les gouvernements pour lever des blocages structurels ;
- un développement de la présence dans des zones industrielles clés, notamment en Asie, notamment pour inclure plus facilement ses fournisseurs.
En effet, certaines barrières ne peuvent pas être levées à l’échelle d’une seule entreprise, même très engagée.
Ce que cela change concrètement pour les entreprises
Cette évolution ne change pas l’objectif final: atteindre le Net-Zero de manière crédible et sans greenwashing. Mais elle change profondément la manière d’y arriver.
Pour les directions d’entreprise:
- La question devient stratégique: comment intégrer le carbone dans les décisions d’investissement ?
- La transition devient un enjeu de compétitivité, plus seulement de conformité ou de volontariat.
- Les arbitrages économiques et climatiques deviennent indissociables.
Pour les responsables RSE:
- Le rôle évolue plus facilement vers du pilotage transversal et opérationnel.
- La donnée devient centrale (suivi, justification, adaptation).
- La capacité à embarquer les métiers devient un facteur critique.
Les entreprises qui s’engagent sont avantagées
La SBTi relève que les entreprises qui structurent leur démarche autour de trajectoires scientifiques cohérentes montrent généralement une meilleure capacité de pilotage stratégique, des gains d’efficience dans les opérations, une perception plus solide auprès des investisseurs et clients, ainsi qu’une réduction des émissions plus rapide et mieux maîtrisée.
En résumé, ces entreprises deviennent plus robustes, car le Net-Zero reste la direction, mais le chemin devient plus pragmatique, plus itératif et surtout plus connecté aux réalités économiques des entreprises.